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Jeudi, le 24 Juil 2008



Libraires

Article de Recycleur, 2 , 3 , 4
2006-11-12

Le voyage amorce la découverte de l’utopie. L’écriture est une façon de voyager; l’aventure toute moderne de cette écriture pose l’hypothèse d’un présent. Dans Le libraire, Gérard Bessette, Éditions Pierre Tisseyre, Saint-Laurent, 1993 (le coup de coeur des libraire), Hervé Jodoin ne voyage pas, il va là où se trouve travail. Hervé Jodoin n’écrit pas, il passe son temps. Il fait escale à travers le miroir d’une réalité déformée, voyage vers la contre-utopie. L’expérience visionnaire et s’entame dès l’ouverture du journal. Le départ du narrateur pour l’autre monde se solde par la fermeture du journal, du livre. Devenir libraire, devenir Québécois ?

CONTEXTE

Quelque chose de particulier se trame au québec entre 1950 et 1960. Il n’y a pas que l’apparition de la télévision et les bières à 0, 25 $. Ce qui donne lieu d’être la Révolution tranquille n’apparaît pas du jour au lendemain. Il y a gestation. Une énergie bouillonne déjà dans l’esprit de certains individus, de certains groupes. Contre l’aliénation, ils ruminent, lancent un Refus Global (1948), peignent. À l’aube des année 60, une idée en sourdine commence à rallier les gens : la place que le Québec occupe dans la Canada ne lui rend pas honneur. La culture est soumise, «comme il se doit», à celle du Far-West. Quelqu’un se paie la tête de quelqu’un !

Le défi est de voir comment un livre, Le libraire, est et devient un récit de la rupture en témoignant de ce contexte. L’atmosphère est celle d’une décennie charnière où tout se passe entre un triste constat et le passage à l’acte. Le passé s’acharne contre le présent et refuse ce que l’avenir propose. Des institutions aussi «modernes» proposent nécessairement une façon radicale de produire et d’être. Rien de moins menaçant pour les fondations du «monument» national. Près de dix années séparent l’écriture du roman de Bessette et le contexte qu’il met en scène. Peut-être parce que Le libraire n’aurait pu être écrit avant 1960.

Ce simple décalage temporel permet une certaine distanciation. À rebours, l’ampleur des événements apparaît. Les relations causales s’éclaircissent, des effets dénoncent des causes. Si Jodoin est lucide, ses bras restent pourtant immobiles, son emploi de libraire, molasse : «[…] j’éprouvais la naïve impression que je pouvais encore servir à quelque chose; remplir un rôle utile. Son metier de libraire ne lui apporte pas de réelle ouverture sur le monde. Ce n’était pas raisonné, évidemment».

Il faudra la fin du journal, la fin d’une décennie, pour qu’un mouvement irréversible s’amorce.



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