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Mardi, le 02 Déc 2008



Psycho

Article de Recycleur, 2 , 3 , 4
2006-09-07

«American Psycho» ; l’art de ne pas montrer pour faire deviner l’horreur. Cas d’ellipse syntaxique.

Pat Bateman (Christian Bale) et deux prostituées s’ébattent dans un lit blanc, sous un éclairage au néon vif et scrutant. Une ellipse tait le climax jouissif. Il fait sombre; l’atmosphère est mielleuse et l’ombre des stores tache la blancheur des murs. Les filles voudraient partir, mais ce n’est pas encore fini. Il ouvre un tiroir rempli de poinçons, scalpels, cintres et autres métaux cinglants. Coupez! Le plan suivant, Pat en peignoir rouge, impassible, tend de l’argent aux filles. Elles se précipitent, débraillées, vers la porte, ne disant mots, le visage tuméfié et le dos labouré. Que s’est-il passé?

Pat, complexé d’Icare, incarne la volonté de puissance et de domination, mais est aussi paradoxalement fils du puritanisme américain. L’ellipse est ici l’expression de l’Amérique contradictoire et de l’ambivalent gouvernement Reagan. Déjà, le changement d’éclairage entre la scène de sexe et celle de torture imaginée renvoie à la censure du marché, à la censure de la psyché même, à la face cachée et sombre de l’inconscient et à l’«Autre en soi».

L’économie temporelle ne justifie pas notre exemple. La fonction dramatique de l’ellipse démontre qu’il est plus efficace de ne pas montrer certaines choses (cruauté, sadisme) mais de les suggérer en exposant les outils de son sadisme. Tout en gardant l’horreur à distance, ce qui est dissimulé rend la chose bien plus terrifiante. D’une pierre deux coups. En masquant ces informations, on sous-entend évidemment une causalité directe entre les deux plans, entre le tiroir qui s’ouvre et le départ précipité des filles.

Le contenu disparu renvoie surtout au spectateur. C’est lui seul qui, comprenant de quoi il s’agit, se glace de ses propres déductions. Le manque d’information visuelle cultive la psychopathologie de tous et chacun, démontrant encore une fois les limites très peu étanches entre la normalité, la normativité et la perversion. Au cœur de cette ellipse, pas de diversion, seulement ce trou béant et momentané. On assiste au contenu que par le cauchemar intériorisé et subjectif. Lorsqu’on reprend, le spectateur visualise les conséquences de ce qu’il avait imaginé. Participant affectivement, il n’est plus témoin mais voyeur, regardant sans être vu. En s’identifiant au modèle Pat, il emprunte les comportements du psychopathe en compensant ses insatisfactions par projection. Il lui prête des sentiments qu’il se refuse. Pat incarne ses pulsions agressives en transgressant l’ordre moral. La catharsis délivre le spectateur de ses angoisses. .
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